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How Fewer Than 100 Americans Cornered Bin Laden: The Battle of Tora Bora

COMMENT MOINS DE 100 AMÉRICAINS ONT ACCULÉ BEN LADEN – LA BATAILLE DE TORA BORA

En décembre 2001, un convoi de pick-up cabossés roule vers les Montagnes Blanches, à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan. À l’arrière, les hommes ressemblent à des combattants locaux : longues barbes, tenues afghanes, AK-47 posés sur les genoux. Ce sont des opérateurs de la Delta Force, des commandos britanniques, des Green Berets et des officiers de la CIA. Moins d’une centaine d’Américains au total, envoyés pour trouver l’homme derrière le 11-Septembre. Bien au-dessus d’eux, dans une forteresse de grottes et de bunkers appelée Tora Bora, Oussama ben Laden est retranché avec des centaines de combattants d’al-Qaïda. Les Américains s’installent dans une école abandonnée au pied des montagnes, étalent leurs cartes et se mettent au travail sur la plus grande chasse à l’homme de l’histoire moderne. Et ils tiennent un avantage que presque personne ne soupçonne : ils entendent la voix de ben Laden.

Écouter ben Laden en direct

La faiblesse fatale d’al-Qaïda à Tora Bora, ce sont ses radios. Les combattants se coordonnent sur des canaux ouverts, non chiffrés, et les Américains écoutent tout en temps réel. Un jour, un interprète débarque dans l’école avec une radio à transistors bon marché, récupérée sur un combattant mort… dedans, en direct, ben Laden en personne, qui galvanise ses hommes et va jusqu’à leur demander d’armer leurs femmes et leurs enfants pour le combat.

Depuis des postes d’observation cachés en haut des crêtes, les commandos guident les bombes sur ces voix, jour et nuit. Un pilote d’hélicoptère américain qui vole dans la vallée raconte qu’il tombe tellement de bombes que les montagnes brillent la nuit, même sans jumelles de vision nocturne. La livraison la plus spectaculaire, c’est la Daisy Cutter : un monstre de l’époque du Vietnam, gros comme une voiture, conçu pour ouvrir instantanément des zones de poser d’hélicoptère dans la jungle, si volumineux qu’il faut le pousser hors de la soute d’un avion cargo sous parachute. La presse en fait le coup de massue de la bataille. Le chef du détachement Delta au sol, qui écrira plus tard sur cette bataille sous le pseudonyme de Dalton Fury, voit les choses autrement : selon lui, la bombe géante frappe la mauvaise crête et fait plus d’effet à la télévision que sur le terrain. Les vrais dégâts viennent des bombes ordinaires, qui tombent jour et nuit, guidées par quelques dizaines d’hommes que l’ennemi ne voit jamais. Les bombes ne font pourtant que la moitié de la bataille. L’autre moitié dépend d’alliés qui ont leurs propres plans.

Une trêve sous la menace des armes

L’assaut terrestre revient aux milices afghanes locales : des milliers de combattants recrutés, payés en liquide par la CIA et fidèles à deux chefs de guerre rivaux qui se supportent à peine. Chaque soir pendant le ramadan, ils redescendent de la montagne pour rompre le jeûne et rendent la nuit le terrain qu’ils ont pris le jour. Certains s’arrêtent en plein combat pour piller les grottes conquises et revendre leurs trouvailles aux journalistes installés au pied des montagnes.

À la mi-décembre, ça empire. L’un des chefs de guerre annonce brusquement qu’al-Qaïda veut se rendre et décrète une trêve. Quand les commandos avancent quand même, leurs propres alliés braquent près de quatre-vingts fusils sur quelques dizaines de soldats américains et britanniques, en pleine bataille, au fond du territoire ennemi. Au-dessus, un pilote de chasse à qui on a ordonné de garder ses bombes transforme le ciel en bloc-notes : en allumant et en coupant sa postcombustion, il écrit « ON 8 » en traînées de condensation géantes, un message pour tous ceux d’en bas : l’attaque reprend à huit heures le lendemain matin. La reddition n’arrive jamais, et beaucoup d’hommes au sol restent convaincus que toute cette pause a été mise en scène pour faire gagner du temps à ben Laden. La course peut encore être gagnée si quelqu’un verrouille la frontière derrière les montagnes. Cette décision-là se prend très loin de l’école.

Washington a dit non

Gary Berntsen, le responsable de la CIA qui dirige l’opération, réclame 800 Army Rangers pour bloquer les voies de fuite vers le Pakistan. Refusé. L’équipe Delta propose de larguer des mines dans les cols de montagne. Refusé. Plus d’un millier de Marines attendent, prêts, sur une base aérienne conquise dans le sud de l’Afghanistan. On ne les envoie jamais vers le nord. Puis le hasard s’en mêle : des terroristes attaquent le Parlement indien à New Delhi, et le Pakistan commence à retirer les troupes qui gardent justement la frontière pour les envoyer face à l’Inde. La seule force qui fermait physiquement la porte de derrière s’en va, et rien ne la remplace.

Dans la montagne, ben Laden sent venir la fin. Le 14 décembre, il rédige son testament : il s’attend à mourir à Tora Bora. Le même jour, les Américains interceptent sa voix pour la dernière fois : fatiguée, désespérée, s’excusant auprès de ses hommes de les avoir menés dans ce piège et leur donnant sa bénédiction pour se rendre. Vers le 16 décembre, l’homme le plus recherché de la planète passe les montagnes vers le Pakistan avec un petit groupe de gardes du corps. Pas un seul Américain ne meurt dans la bataille. La cible, elle, a disparu.

Neuf années de silence

Des années plus tard, une enquête du Sénat américain conclut ce que les hommes de l’école répétaient depuis le début : c’est le refus d’engager des troupes pour verrouiller la frontière qui a laissé ben Laden filer. Tora Bora reste la dernière fois où l’Amérique a su exactement où il se trouvait… jusqu’en 2010, quand la CIA remonte la piste d’un messager jusqu’à une propriété d’Abbottabad, au Pakistan, à quelques heures de route de ces mêmes montagnes.

Quand la fin arrive enfin en mai 2011, l’Amérique n’envoie pas non plus une armée. Une autre petite équipe de commandos entre de nuit, et cette fois chaque sortie est couverte. À Tora Bora, ben Laden avait échappé à la centaine d’hommes à l’épaisseur d’une décision politique près. La deuxième fois, personne ne s’échappe.

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